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Nietzsche, photo extraite de la-philosophie.com

Certains universitaires (dont Pascal Aquien), ont déjà pensé quelques liens qu’il est important d’établir entre l’esthétique wildienne et celle de Nietzsche, mais pas seulement sur ce thème évidemment. Si je vous en parle ce soir, c’est pour vous proposer un début de reflexion mienne sur une variante philosophique à propos du concept d’affect ou de passion chez ces deux grands esthètes disparus en 1900 à trois mois d’intervalle.
Bien entendu, sur un blog, ce ne pourra être qu’une allusion…

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Nietzsche dit dans le Crépuscule des idoles :

« Toutes les passions ont une époque où elles sont simplement funestes, où elles entraînent leur victime vers le fond de tout le poids de la bêtise – et une, plus tardive, infiniment plus tardive, où elles épousent l’esprit, se « spiritualisent »

Wilde est passé par l’assujettissement sentimental et la prison, mais la spiritualisation de son âme s’est, selon nous, accomplie.
Et une nouvelle fois, Nietzsche a raison -comme le souligne le philosophe Patrick Wotling- de se révolter contre la cécité des philosophes a toujours vouloir contrôler les passions. Il est bien plus nécessaire de travailler sur les pulsions sans les nier et encore moins les juger moralement. Les affects, (mot que préfère Nietzsche à passion ou amour), ont une valeur qui renvoie à la croyance, et chez Wilde, elle a eu des accents divins, elle est devenue, en prison, plus « intériorisée », devenue chair et sang pour l’art :

« Et celui qui peut contempler la beauté du monde, prendre part à sa douleur et concevoir la merveille de l’un et de l’autre, entre en contact immédiat avec les choses divines et est plus près du secret de Dieu qu’il puisse être donné à une créature humaine.
Peut-être entrera t-il également dans mon art, non moins que dans ma vie, un élément plus profond encore, une plus grande unité dans la passion et plus d’élan dans l’impulsion. Ce n’est pas l’ampleur, mais l’intensité qui est le véritable but de l’art moderne. »
(« De Profundis »)

Dans ce que Wilde observe et annonce, il n’y a pas de dogme précis, il n’a pas trouvé le graal, il a aperçu une nouvelle voie de salut par l’art. Il ne s’autoglorifie pas non plus, mais il se pose un peu en dehors de Platon et de Nietzsche parce que, même au sortir de prison, il reviendra sur sa passion mortifère, il l’utilisera au début dans l’espoir –vain- d’en extraire une forme de puissance. La tragédie chez Wilde est la mise en lumière de volontés qui participent d’un processus de déstabilisation des êtres et des choses ou de lui-même, pour renouer avec ce qui a provoqué ces bonheurs, ces dénonciations diverses et sa perte.

Si Wilde a eu des remords quant à sa rencontre avec la personne de Lord Alfred Douglas, il n’a certainement pas regretté ce qui s’est constitué à la source de sa passion, cette source qui faisait dire à Nietzsche qu’il faudra bien revenir sur le pulsionnel. Les affects et les pulsions wildiennes sous-tendent ainsi la plupart de ses provocations, même si elles doivent se retourner contre lui…

Lou Ferreira

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